Entre les Apennins et l'Adriatique, les collines de Fermo et Macerata fabriquent des chaussures depuis le XIVe siècle. Dans la huitième journée du Décaméron, Boccaccio raconte l'histoire d'un juge originaire de Sant'Elpidio, convoqué à Florence — et note en passant que les chaussures de Montegranaro et Sant'Elpidio a Mare étaient si réputées qu'elles s'exportaient jusqu'aux Balkans. Six cents ans plus tard, les mêmes collines façonnent encore des chaussures exportées dans le monde entier.
Les ateliers se sont multipliés dans les villages au fil des générations, chacun spécialisé dans une étape, un composant, une décision précise dans la fabrication d'une chaussure. Ce savoir ne s'est pas consolidé dans de grandes usines. Il est resté local, transmis de main en main.
C'est ce à quoi ressemble un vrai district industriel de l'intérieur. Un écosystème dense et interdépendant. La disparition d'un atelier change ce qui est possible pour ceux qui restent. Une sneaker artisanale peut passer entre les mains d'une dizaine de spécialistes dans un rayon de quelques kilomètres — chacun ajoutant une touche, ayant pratiqué cette opération pendant des décennies, la transmettant au suivant.
En 2024, 1 430 entreprises ont disparu du seul district de Fermo.
Ce qui disparaît avec elles n'est pas une capacité de production délocalisable. C'est un savoir-faire précis — appris en une vie, affiné sur des générations, qui n'existe nulle part ailleurs au même niveau. Travailler ici, c'est accepter un rapport différent à la rareté. Le cuir de l'un de nos modèles est issu d'une tannerie qui n'existe plus. Cette peau ne sera jamais réapprovisionnée. L'atelier qui façonne à la main la semelle intermédiaire en cuir de notre modèle Myrha est le dernier de la région à maîtriser ce savoir-faire. Sans lui, ce modèle n'existerait pas.
Accéder à ce savoir-faire a un prix. Des semaines de délais qui s'accumulent, mais c'est toute une industrie, des vies, qui en dépendent.
Nous produisons ici parce que le savoir est encore présent. C'est ce savoir qui donne un sens à une sneaker made in Italy, un sens bien au-delà de l'étiquette qu'elle porte. Quand des ateliers ferment — et ils sont en train de disparaître l'un après l'autre — ce sens meurt avec eux.
